L’amour propre
Thriller noir & sensualité trouble
Rue de Courcelles. Derrière une façade discrète, le salon de massage de M. Victor respire le luxe feutré, la moiteur contenue, le secret bien gardé. Waan y évolue comme une présence silencieuse, offerte mais jamais absente. Favorite, dit-on. Protégée, peut-être.
Orpheline depuis l’enfance, elle sait ce qu’elle doit à cet homme qui l’a arrachée à Chiang Rai et aux arrière-cours où les corps se vendent sans lendemain. Mais toute dette exige son tribut. Et plus l’écrin est somptueux, plus la cage se referme.
Depuis quelques semaines, quelque chose se fissure. Un ministre trop insistant. Un journaliste qui dérange par sa douceur. Et les silences de M. Victor, épais, chargés d’un passé qui refuse de mourir.
Mon avis
Avec L’amour propre, Olivier Auroy signe un roman d’une noirceur élégante, sensuelle, presque suffocante. Ce n’est pas seulement un thriller, c’est une immersion dans un monde où les corps parlent plus facilement que les cœurs.
Waan est une héroïne magnifique et douloureuse. Forte en apparence, profondément aliénée dans l’intime. Le récit alterne les temps et les lieux, révélant peu à peu les mécanismes d’un pouvoir masculin qui s’exerce sans cris, sans violence frontale, mais avec une efficacité glaçante.
Les scènes de massage sont chargées d’un érotisme brut, jamais gratuit. Tout passe par la tension, les gestes retenus, les respirations. Les corps se frôlent, mais ce sont les âmes qui se fissurent.
L’écriture est d’une finesse rare. Pudique et cruelle à la fois. Elle dit les impudeurs sans les exhiber, les blessures sans les nommer frontalement. Chaque personnage avance masqué, opaque, ambigu.
Waan nous touche par tout ce qu’elle est et tout ce qu’on lui a interdit d’être : femme libre, amante choisissante, mère possible. Le roman progresse comme une lente descente, un vertige maîtrisé où l’on cherche l’amour, la vérité, la sortie.
La fin, volontairement ouverte, laisse une empreinte durable. Rien n’est totalement résolu. Comme dans la vraie vie. Comme dans les histoires où l’intimité des cœurs reste la plus difficile à dénuder.
Les personnages
Waan: Corps offert, esprit résistant. Une femme façonnée par la dette, le silence et la survie, mais traversée par un désir brûlant de liberté.
M. Victor: Figure du pouvoir feutré. Protecteur ou geôlier ? Un homme dont les silences pèsent plus lourd que les mots.
Les hommes du salon: Clients, ministre, journaliste : autant de visages du désir masculin, oscillant entre domination, fascination et faiblesse.
Extrait
Combien d'hommes avait-elle massés depuis ses débuts, à Chiang Rai ? L'énormité du chiffre la frappa comme un vertige. Et sur ce millier d'hommes, y en avait-il un seul qui l'avait vraiment regardée ?
Titre : L’amour propre
Auteur : Olivier Auroy
Éditeur : Intervalles Éditions
Lien : Page éditeur


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