"L'invention de la neige" d'Anne Bourrel aux Éditions Pocket




Un drame insidieux et pénétrant


L'Invention de la neige
Il fait un froid, cette année. Mais un froid. Du jamais vu. Pourtant sur les pistes des Cévennes, pas un centimètre de neige, les tire-fesses sont à l’arrêt. Une station fantôme… Si Ferrans pensait faire oublier à sa femme, Laure, la mort de son grand-père, c’est plutôt raté. L’auberge qu’il a choisie pour ses deux filles et pour Laure n’a du Bonheur que le nom. Elle est peuplée d’une patronne obèse, d’un lézard barbu et d’un moniteur de ski aux yeux morts. Et partout : la terre trempée, la boue. Pourtant, Ferrans s’obstine à rester jusqu’à ce que l’imprévu retourne comme un gant cette famille recomposée en apparence bien sous tous rapports.
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Laure pleure la mort d'un grand-père de manière viscérale, profonde, intime. Son mari se propose alors de se changer les idées en lui proposant un petit séjour à la neige. Mais l'auberge où ils font escale leur réserve peut-être d'autres stupéfactions...

Sous des apparentes diversions, on nous prépare d'entrée de jeu à quelque chose de latent, de grave. On en éprouve très vite les frémissements de ce que l'on ignore encore.

On perçoit comme un malaise le fil narratif qui nous semble lointain. Les phrases sont courtes, incisives. L'intrigue alterne avec le passé du grand-père et se dévoile en couches successives. Le lieu d'accroche et les personnages nous retiennent dans ce qu'ils ont de plus miteux, insolite. 

L'écriture est habile, mesurée. Il en émane une force magnétique dont on ne peut pas se soustraire. il y a une complexité qui se créé et se déroule sous nos yeux. On y parle d'identité, de secrets, d'héritage. 

On ressent la douleur, les non-dits qui s'expriment à travers les égarements. L'histoire de Laure n'appartient pas qu'à elle-même, mais à un épisode familial dont elle ignore la portée. Les drames se succèdent incontrôlables, jaillissant.

C'est sombre, envahissant, inexplicable jusqu'au dénouement final. Un thriller sidérant, maîtrisé qui décortique avec une tendre affection que "la vie, c'est le bordel."



"Moi non plus, je n'avais pas regardé la météo. Si je l'avais fait, peut-être que rien de ce qui s'est passé ne serait advenu. On aurait continué à avoir l'air d'une famille normale et sans problème. C'est ce froid qui nous a eus."


Secrets, famille, drame

Le journal intime de Laure totalement éludé jusqu'à la fin





Née en 1970 à Carcassonne, Anne Bourrel a été professeur en Angleterre. Elle a brièvement travaillé dans le domaine des ressources humaines avant de se consacrer à l’écriture. Poétesse, romancière et dramaturge, déjà lauréate de six prix littéraires, elle est l’auteur de trois romans publiés à La Manufacture de livres. Elle vit aujourd’hui à Montpellier.

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