"Point of view" de Patrick Bard aux Éditions Syros

Patrick Bard : Un roman remarquable et délicat


Après Et mes yeux se sont fermés, le nouveau roman de Patrick Bard
La première fois qu’un lien vers une vidéo porno s’affiche sur son ordinateur, Lucas est en train de télécharger un film de super-héros en streaming. Cette scène, qu’il visionne sans l’avoir voulu, le sidère, puis lui procure une émotion totalement inédite. Pour retrouver ce frisson initial, il glisse en secret dans une sphère qui accapare ses pensées, ses nuits, et bientôt tout son temps libre. Vu de l’extérieur, on pourrait croire que Lucas est un simple geek. Il est en réalité victime d’une addiction dont il ne peut plus sortir seul. Pour revenir du côté de la vie, il lui faudra accepter la rencontre et l’échange avec d’autres, loin des écrans.


Mon Avis Pollar

Lucas a onze ans quand il visionne pour la première fois un film pornographique. Quatre ans plus tard, il est enfermé dans une addiction qui le coupe du sens de la réalité jusqu'au point de craquage...

Patrick Bard aborde un thème sensible, tabou celui de l'addiction aux écrans, l'accès au cybersexe par les plus jeunes. Avec Lucas, il nous décrit les sensations de dépendance, entre contrôle et malaise que génère la répétition des images.

Lucas arrive à un point ou les autres n'existent plus, autrement que ce qu'il imagine, mais il s'oublie également, se nie aussi lui-même. Ses parents n'ont rien vu venir, ils se sentent démunis en colère, maladroits pour en parler, se confronter à leurs problèmes. L'écriture est sincère, directe, parfois brutale pour aller à l'intérieur du mal, à la pêche aux informations. Admis en centre, Lucas prendra conscience de ses erreurs, pour petit à petit se reconstruire, s'ouvrir à la vie. Il apprend à ne plus avoir peur, à retirer ce film de protection qui l'étouffe, à prendre des risques, à communiquer.

L'auteur avec beaucoup de justesse met le doigt sur quelque chose d'intime, de dérangeant. Il met en garde contre l'éveil à la sexualité via des supports trompeurs dépourvus d'émotions, d'échanges et de vérité. On aime la vulnérabilité, l'imperfection des personnages, leurs doutes, leurs forces profondes, leur capacité à la résilience.

C'est un récit habile, documenté, réaliste, intelligent, qui expose, remet en question, invite à la prudence en confrontant réel et virtuel dans une balance la plus juste possible. Une manière de dire les choses, sans les juger, ni les cacher et qui a au moins le mérite d'être là.

Un roman utile pour les jeunes et les moins jeunes, un premier pas, qui sait vers l'ouverture, le dialogue ?

Citation Pollar
"Au bout de quelques mois, les nuits ont fini par déborder sur les jours. Dés qu'il en avait l'occasion, il "matait des films de cul", comme disent les autres garçons, sur son ordi, son smartphone. Lui n'aurait pas appelé ça comme ça."
 A propos de l'auteur Pollar

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