16 avril 2018

"Mock boys" de Marie Leymarie aux Éditions Syros

Mock Boys

 

"Mock boys" de Marie Leymarie aux Éditions Syros

Marie Leymarie : Un roman intense

 

Mock Boys


MOCK / Définition1. Verbe : se moquer, tourner en dérision. C’est ce que savent si bien faire Raoul et Baptiste, les garçons cool du lycée, drôles, à l’aise, désinvoltes. Ils ont fait le pari de sortir avec le plus de filles possible, sans se laisser prendre par l’émotion, sans jamais s’attacher. Car ils ne croient qu’en l’amitié.2. Adjectif : faux, factice Et si la désinvolture n’était qu’une posture ? Et si leur pacte a priori indestructible était bouleversé par une rencontre ?



Mon avis Coeur

Raoul et Baptiste, deux adolescents complémentaires et inséparables se sont fait la promesse de ne jamais tomber amoureux. Ils friment beaucoup, jouent un rôle, jusqu'au jour où une jeune fille les perce à jour et remet alors tout en question...


Ce roman ne survole pas les émotions, il va au cœur de celles-ci, les magnifient, les rend palpables, vivantes. Il y a une précision, une vérité dans l'approche de l'adolescence, qui nous murmure à l'oreille des sentiments contraires, des pulsions, des sensations incontrôlables.

L'auteur réussit avec beaucoup de finesse et de justesse à nous rapprocher de ses personnages, à bousculer nos impressions pour aller creuser plus loin...

L'écriture est sensible, intelligente, intime. Elle nous emporte sur des chemins complexes, denses, escarpés. Il y a une volonté de mettre l'accent sur les peurs, les fragilités, les côtés face des personnalités. Une énergie s'opère, un espace s'est créé et se rétracte dans cet univers de la danse qui sied si bien à la métamorphose des corps, de la psyché.

On aime l'expression des liens forts de l'amitié, les troubles amoureux qui s'insinuent dans tous les pores, toutes les connexions neuronales. On se laisse envelopper par le tumulte des histoires tourmentées, télescopées, éprouvées, mais vraies. Ces adolescents nous invitent à être plus tolérants avec nous-mêmes, plus indulgents et à ouvrir la porte de son intériorité avec tout ce que cela comporte de bon et de moins bon.

Un roman pour crever les certitudes et faire que les masques tombent, juste un petit peu...


Citation Coeur 

"Je pense que toutes ces poupées, c'est comme des protections, des petites armures, et que pour devenir soi, il faut s'en débarrasser une à une..."

 

Boys


14 mars 2018

"Une bonne intention" de Solène Bakowski aux Éditions Bragelonne

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"Une bonne intention" de Solène Bakowski aux Éditions Bragelonne

Solène Bakowski : Une incroyable maîtrise

 


Mati a neuf ans. Elle a perdu sa maman. Son père s’enlise dans le deuil et sa grand-mère s’efforce, à sa manière, de recoller les morceaux. Un soir, la petite ne rentre pas de l’école. On imagine le pire, évidemment. Et le pire se produit. Comment croire que tout, pourtant, partait d’une bonne intention ?

http://www.bragelonne.fr

 

Mon Avis Pollar

Tout commence par l'enterrement de Karine, qui laisse son mari Nicolas et leur petite fille Mathilde dans la plus terrible des peines. Un an après sa disparition, l'absente pèse encore dans les esprits des vivants, de bien des façons...


On croit, et on se sent plonger dans le malheur ici avec ce roman, et cela s'avère bien plus terrible encore. Il y a quelque chose de diffus et de confus qui s'agrippe aux branches et qui prend son mal aux racines...

L'absence d'une mère pour la petite "Mati", la déficience d'un père anéanti, la surprotection d'une grand-mère, la bienveillance discrète d'une institutrice, sont autant d'éléments qui s'égrènent et se dispersent pour s'imprimer insidieusement...

L'écriture et le style sont maîtrisés, l'auteur mesure, pèse ses descriptions, décortique la face cachée de ses personnages... On est touché par la sensibilité de Mati, sa fragilité palpable et sa perception singulière des choses. Pour s'extraire d'un quotidien, d'une atmosphère pesante dans laquelle elle étouffe, elle trouve du réconfort dans le lien qu'elle entretient avec sa mère. Quand le monde des adultes fout le camp, Solène Bakowski nous raconte que les enfants ont encore leurs rêves...

Quand Mathilde s'échappe, l'inquiétude s'installe, les doutes s'insinuent, la culpabilité remonte à la surface. Il y a beaucoup de colère dans ce roman, des mauvais choix qui les régissent, des secrets destructeurs. Tout n'est pas tout noir ou tout blanc, mais il y a ce mélange qui complique tout...

On est totalement sous l'emprise de ce roman que l'on ne lâchera pas jusqu'à la fin avec ce sentiment d'immense gâchis, que l'on retient.

Citation Pollar

"Mati sanglote, sa voix se perd dans une larme d'où elle revient plus forte et assurée. C'est la première fois qu'elle en parle vraiment. Et que quelqu'un l'écoute. Car entre la souffrance de sa mère et celle de son père, il n'y a pas eu beaucoup de place pour la sienne."

 

Bandeau - une-bonne-intention

16 février 2017

"Quelqu'un à qui parler" de Cyril Massarotto aux Éditions XO

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"Quelqu'un à qui parler" de Cyril Massarotto aux Éditions XO

Cyril Massarotto : Un roman doudou à serrer contre soi

 

Quelqu'un à qui parler

Samuel fête ses trente-cinq ans, seul face à des assiettes vides. La déprime est proche. Il attrape alors son téléphone mais réalise qu'il n'a personne à qui parler.

http://www.xoeditions.com

 

Mon avis :

Le soir de son anniversaire, alors que Samuel réalise qu'il n'a personne à qui parler, il lui prend l'idée d'appeler le numéro de son enfance... Une idée insolite, mais pas le moins saugrenu qui pourrait bien se révéler pleines de surprises...


C'est un roman tendre, touchant et qui parlera certainement à votre cœur. Cyril Massarotto avec une simplicité lucide trouve le chemin le plus étroit, le plus intime pour murmurer à votre oreille. Qui une fois adulte s'est retourné, fait le bilan de ce qu'il avait entrepris pour se confronter aux rêves qu'il avait quand il était enfant ?

Samuel va avoir cette chance d'échanger avec celui qu'il était quand il avait dix ans. Ils vont créer un lien, s'apprivoiser et se dire des choses essentielles. Ce roman nous raconte une histoire qui fait résonnance. On ressent à chaud un panel d'émotions qui nous effleure, qui nous bouleverse. On se remémore la candeur de l'enfance, sa vérité avant que les peurs et les accidents de la vie nous accrochent. Cet instant de magie où l'on croit encore à ses rêves et que tout encore est possible. L'auteur nous exhorte à travers Samuel à avoir le déclic, à être fidèle à soi-même et à ses rêves d'enfant.

L'écriture est fluide, drôle, tendre, douce-amère. Les pages défilent et s'ancrent progressivement, imperceptiblement. Cyril Massarotto touche notre sensibilité avec une finesse démesurée. Il bouscule notre conformisme, nos habitudes pour titiller notre conscience.

À travers un dialogue intimiste, les sentiments, la sincérité se réveillent et se révèlent. Un roman sage, positif et d'une exceptionnelle fraîcheur.

Pour que l'adulte que vous êtes n'oublie jamais l'enfant que vous étiez.

 

Citation :

"Car je crois qu'une fois encore, j'avais trop laissé de côté cette part de moi qui, peut-être, reste la meilleure : l'enfant que j'étais."

 

A propos de l'auteur :

CyrilMassarotto

Né en 1975, Cyril Massarotto vit à côté de Perpignan.

Il a longtemps écrit des paroles de chansons pour son groupe, Saint-Louis, avant de se sentir à l’étroit dans l’exercice. Il passe donc à la vitesse supérieure en 2006, et se lance dans l’écriture. Un an plus tard, alors qu’il surfe sur le net dans un bain bien chaud, une phrase résonne dans sa tête : « Dieu est un pote à moi ». Il sait alors qu’il tient son roman. Un premier roman hilarant, sensible et juste, qui a tout simplement le goût de la vie.

Instituteur puis directeur d’une école maternelle, Cyril Massarotto a décidé en 2008 de se consacrer à l’écriture et à la musique.

 

Quelqu'un à qui parler - Cyril Massarotto

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14 février 2017

"Un cri sous la glace" de Camilla Grebe aux Éditions Calmann-Lévy

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"Un cri sous la glace" de Camilla Grebe aux Éditions Calmann-Lévy

Camilla Grebe : Un thriller psychologique instinctivement éreintant

 

Un cri sous la glace

AVEZ-VOUS DÉJÀ PERDU LA TÊTE PAR AMOUR ? Emma, jeune Suédoise, cache un secret : son patron Jesper, qui dirige un empire de mode, lui a demandé sa main. Mais il ne veut surtout pas qu'elle ébruite la nouvelle. Deux mois plus tard, Jesper disparaît sans laisser de traces et l'on retrouve dans sa superbe maison le cadavre d'une femme, la tête tranchée. Personne ne parvient à l'identifier. Peter, policier émérite, et Hanne, profileuse de talent, sont mis en tandem pour enquêter.

http://calmann-levy.fr

 

Mon avis :

Emma attend son petit ami Jesper, directeur général de la chaîne de prêt-à-porter où elle est, elle-même employée. Un soir où elle l'attend pour dîner, il ne vient pas et la laisse sans nouvelles. Celui-ci a disparu tandis que l'on retrouve une femme décapitée à son domicile. C'est le début d'un véritable casse-tête à démêler pour Peter et son équipe, et peut-être l'occasion de se dépasser...


C'est le premier roman en solo de l'auteur et elle n'a rien à envier à ses confrères suédois. Elle nous offre ici un polar extrêmement bien ficelé et remarquablement maîtrisé.

L'auteur a choisi de nous raconter des histoires, celle d'Emma, de Peter et de Hanne. On avance dans cette intrigue au milieu des nimbes sans vraiment comprendre où bien, on va aller... L'atmosphère est nébuleuse donc et chargée de suspens. On aime les failles des personnages et ce qui les animent. Peter et Hanne ont été amants et se retrouvent dans cette affaire qui n'est pas sans rappeler une scène de crime d'il y a 10 ans. Au cœur de l'enquête, on dresse des profils psychologiques, on rassemble des preuves, recherche des concordances et on s'interroge beaucoup.

L'écriture est habile, aiguisée chaque élément apporté par l'auteur à sa place et son importance, sans toutefois que nous fassions le lien au moment où nous l'avons sous les yeux. Ce récit joue avec nos nerfs parce qu'on bloque devant les connexions qui nous échappent.

Sentiment de vide, d'abandon résonnent et se confondent. Petit à petit, la lumière s'insinue dans les interstices de notre conscience. On croit savoir, on pense comprendre. Mais croyez-moi, on est pourtant encore loin du compte...

Un roman fervent, intelligent et bien mené. C'est un grand OUI et je vous le recommande chaudement !

 

Citation :
"La mort était synonyme de mystère qu'il fallait résoudre, démêler comme une pelote de laine enchevêtrée. Car on pouvait toujours élucider l'affaire, la clarifier. Il suffisait d'avoir de l'énergie, de la persévérance et de savoir tirer sur les bons fils au bon moment. La réalité n'était rien d'autre qu'un tissu complexe de ces fils."

 

A propos de l'auteur :

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Camilla Grebe est déjà célèbre en Suède pour sa série de polars écrite avec sa soeur et finaliste du prix Best Swedish Crime Novel of the Year. Un cri sous la glace, son premier livre en solo paru en 2015 en Suède, fut un bestseller dès sa sortie. Thriller captivant dans la veine des Apparences de Gillian Flynn, il est sur le point de devenir un phénomène mondial. (Source éditions Calmann-Lévy)

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