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"Le diable aussi était beau" de Muriel Martinella

 

Résumé :

Entre farce et psychodrame, les tribulations d'une quinquagénaire fantasque qui lutte à sa façon contre l'intolérable...

Six mois plus tôt, Lucie est sortie d’une cure de sommeil de quinze jours en clinique, après un soi-disant burnout, alors qu’adepte de la pédale douce, elle ne peut avoir succombé à un épuisement professionnel…
Rentrant chez elle, la surprise a été de taille lorsque Jonathan, son mari, l’a conduite dans leur nouvelle maison qu’elle découvrait pour la première fois sans souvenir de l’avoir choisie. Les effets secondaires de la cure de sommeil, lui a-t-on dit.
Mystères et non-dits voilent la période qui a précédé cet internement.
Personnage burlesque, rêveur et gaffeur, elle assiste, impuissante, à une descente en chute libre du contrôle de sa vie sous le regard narquois, néanmoins amoureux de Jonathan. Chez les Ferre, même quand ça va mal, l’on emploie la dérision et l’on ne se départit jamais de son sens de l’humour.
Car, ironie du sort, en se mariant, Lucie a hérité d’un patronyme qui, conjugué à son prénom, ne l’aide pas beaucoup.
De tribulations en tribulations qui l’opposent à son entourage, (une femme de ménage inquisitrice, des voisins déconcertants, un coach du bonheur informel, une mère suisse allemande au fort pouvoir nourricier, des enfants génération Tanguy ainsi qu’un chien déjanté…) cette personnalité maladroite, égocentrique, lunaire affiche un mal-être évident et une névrose sous-jacente.
Alors que dans une atmosphère ubuesque, elle se lance dans l’organisation de leurs noces de perle, une chape de dissimulation entoure la disparition de sa fille Chloé, maman d’un petit Adam, au caractère sombre et désorientant.

Et si tout partait de là ?

 

Mon avis :

Lucie ressort d'un burn-out. Confuse, elle a des oublis, des cauchemars et se sent un peu submergée par la vie, son quotidien. Tandis qu'elle a en tête de fêter dignement ses trente ans de mariage, les contretemps surgissent et s'accumulent... Et si en plus de tout ça, on lui cachait bien des choses...

Sous des allures badines, ce roman évoque un sujet assez grave que celui des troubles psychiques. L'auteur nous dépeint une Lucie un peu hors du temps, lunaire, fantasque. On s'amuse de ses facéties, ses humeurs débordantes et de tout ce qui lui arrive en général.

Elle prend la vie à coeur et la ressent intensément de toutes ses émotions... L'écriture est enthousiaste, amusante. L'atmosphère est sympathique et permet d'alléger une situation épineuse et compliquée... Lucie oscille entre deux mondes et sent que quelque chose ne tourne pas rond. Devant le silence et la complicité de son entourage, elle veut comprendre et saisir ce qui lui échappe. On aime les situations cocasses, fantaisistes et la façon dont l'auteur nous apporte de la couleur pour des maladies aussi méconnues que décriées. Petit à petit se dévoile de vives et de grandes douleurs du passé que des évènements du présent ont tout fait basculer. Beaucoup d'humour et d'amour pour cette tragédie comique pure de sensibilité. Une manière d'évoquer la bipolarité dans son ensemble, du point de vue du malade et de ceux qui l'entourent. Sans truchement et sans tabou, on sensibilise à l'impact que cela peut avoir sur ses relations avec les autres...

Pas de jugement, une autre vision des choses et une réelle ouverture. Un roman à lire sans trop se prendre au sérieux. Une belle découverte !

citation :

"Qu'est-ce qui clochait chez elle ? Depuis deux trimestres, le monde autour d'elle tournait, menaçant. Trois pas dehors et hop, les pires catastrophes lui tombaient dessus."